Pas de logement, pas de paix

Justice pour le Petit Bard, asso de quartier passée à l’offensive

L’équipe de Z a rencontré l’association Justice pour le Petit Bard lors du forum « Ceux qui marchent encore », organisé fin novembre 2013 à Vaulx-en-Velin, en banlieue lyonnaise, par plusieurs organisations historiques des quartiers populaires. En dix ans, ce groupe d’habitants du quartier du Petit Bard, à Montpellier, a réussi à instituer une véritable tradition de l’occupation pour lutter contre les abus des bailleurs sociaux et des aménageurs. Nous sommes allés retrouver Khalid El Hout, actuel président de l’association, Hamza Araab et Mohamed pour une visite et un entretien à domicile.

Texte : Juliette Bulbari et Tifenn Hermelin
Illustrations : VAP

Au milieu de la cité du Petit Bard, on entend les grues et les machines s’activer sur les chantiers de construction. Il y a quelques semaines, les barres d’immeubles qui se dressaient à l’entrée du quartier depuis près de cinquante ans ont été démolies. Bâti dans l’ouest de Montpellier dans les années 1960 pour accueillir les Français rapatriés d’Algérie, le Petit Bard était à l’origine l’une des plus grandes copropriétés de France – 800 logements. À partir des années 1980, une partie des anciens pieds-noirs ayant quitté le quartier, le gros des appartements est mis en location ou bien racheté par des bailleurs publics ou privés, dont l’Aménagement et construction de Montpellier (ACM), le plus gros bailleur social de la ville. Aujourd’hui, les immeubles accueillent environ 5 000 personnes, locataires ou propriétaires-occupants. Dans les années 2000, après des années de mauvaise gestion par une succession de syndics véreux, les habitations sont délabrées voire insalubres et le syndic, en faillite1.

En juin 2004, un incendie se déclare dans l’une des cinq cages d’escalier d’un gros bâtiment du quartier. En cause, les installations électriques vétustes. Un homme décède et quatorze familles se retrouvent à la rue. Le lendemain, des habitants barricadent l’artère principale avec des poubelles et des pneus, et s’affrontent avec la police. La mairie s’obstine à refuser de prendre l’arrêté de mise en péril qui aurait obligé les pouvoirs publics à organiser le relogement : seules deux ou trois nuits d’hôtel sont proposées aux sinistrés. Les familles s’installent alors dans un gymnase du quartier pendant quarante jours et enchaînent les actions : « Pendant la semaine qui a suivi les affrontements, on s’est organisés. On a occupé des locaux, des bailleurs, la mairie, le conseil général. On a bloqué des routes, le Tour de France, des spectacles ont même été gâchés » se souvient Khalid. Cet été-là, des alliances se forment. « On est venus nous soutenir de partout. Pour une fois, le Petit Bard n’était pas dans les rubriques faits divers des journaux ! » Au bout de ces quarante jours, les habitants obtiennent enfin des relogements où ils le souhaitent. L’association Justice pour le Petit Bard, qui vient d’être créée, décide de prendre à bras-le- corps les problèmes de la copropriété : « On s’est dit : “On a gagné 14 relogements, maintenant il en manque 450.” »

La mobilisation de l’été 2004 met un coup d’accélérateur au programme de rénovation urbaine lancé par les pouvoirs publics quelques années auparavant. C’est justement ce que souhaitaient les militants de Justice pour le Petit Bard, pour qui rénovation rimait avec amélioration des conditions de vie des habitants. Mais ils comprennent rapidement que le projet se fera contre eux : au lieu de bénéficier aux personnes du quartier les plus modestes et en situation de mal-logement, l’objectif à peine caché est en fait de dégager une partie de ces indésirables pour attirer de nouvelles couches de la population, au porte-monnaie plus rempli.

Début 2005, une convention de quatre ans est signée entre la ville et l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU). Après de sérieux problèmes avec le premier opérateur, c’est la SERM qui prend le relais. Entre autres, 456 appartements doivent être vidés pour faire place aux opérations de démolition-reconstruction. Sur le papier, l’une des principales préoccupations de la SERM est de reloger les habitants concernés. Dans la réalité, les petits propriétaires se voient proposer le rachat de leur bien à un prix dérisoire2, ce qui les condamne souvent à quitter le quartier après la rénovation. On propose aux locataires de nouveaux logements plus petits, plus chers3 ; dans d’autres bâtiments tout aussi dégradés ou dans des quartiers eux aussi destinés à une démolition prochaine.

Dico des noms propres de la rénovation au petit Bard

L’ANRU : l’Agence nationale de la rénovation urbaine. Initiée en 2003, elle est chargée d’assurer la mise en œuvre du Programme national de rénovation urbaine (PNRU). Elle sélectionne, finance et accompagne des projets de rénovation portés par les collectivités territoriales, avec lesquelles elle signe des conventions pluriannuelles.

La SERM : Société d’économie mixte (société anonyme dont le capital est détenu en majorité par des personnes publiques, mais aussi par des personnes privées) et aménageur pour la rénovation du Petit Bard. La SERM est en charge de la majorité des constructions d’infrastructures routières et autres « équipements » de la région.

L’ACM : Aménagement et construction de Montpellier. C’est l’ancien Office HLM. Il revendique loger 50 000 personnes. Dirigé par Claudine Frêche, il est rattaché à la communauté d’agglomération, à la tête de laquelle se trouvait son mari Georges Frêche, également ancien maire.

Ceux qui se sont frottés aux plans de rénovation urbaine le savent : du fait de la superposition des plans (locaux, régionaux, nationaux), de la multiplication des interlocuteurs et des responsabilités, de l’opacité des procédures et des conditions de relogement, le curieux se retrouve rapidement noyé au milieu de sigles et de concepts incompréhensibles.

Au Petit Bard comme ailleurs, aménageurs et bailleurs jouent sur la méconnaissance des droits et procédures, profitent de l’isolement et de la précarité de chacun.

Dès sa création, l’association s’est engagée dans un travail de longue haleine pour démêler les différentes étapes de la rénovation. « Le plus gros du travail était de défendre les locataires pour qu’ils ne se fassent pas avoir sur les relogements, et les propriétaires-occupants qui se faisaient escroquer. » Pendant des mois, ils secouent le prunier pour avoir des infos auprès du conseil général, de la Ville et des aménageurs, et dénoncent la mascarade des réunions de concertation, soi-disant gages de démocratie sans réelle possibilité de remise en cause des projets. « Ça a été très conflictuel. On les a empêchés de bosser comme ils voulaient, on débarquait dans leurs bureaux de la SERM, du Conseil général, dans les réunions publiques de concertation, on bloquait tout en leur disant : “C’est pas comme ça qu’on va faire.” Peu à peu, on a commencé à prendre de la maturité face à des dispositifs qu’on ne connaissait pas. »

Faute de local pour se réunir, les gens se retrouvent au café, en bas des immeubles, chez les uns ou les autres. Les dossiers de relogement et les recours contre les avis d’expulsion sont remplis sur un coin de table. Quand les huissiers arrivent au petit matin, les téléphones sonnent, et ceux qui le peuvent déboulent pour empêcher l’expulsion. « À force, il y a des automatismes. Même si nous, les plus militants, ne sommes pas là, les gens vont s’opposer aux expulsions », insiste Khalid El Hout. Face aux aménageurs, la force principale de l’association, c’est d’être portée par des habitants du quartier, ou des militants qui y sont présents tous les jours.

Parallèlement à la SERM, qui mène des enquêtes sociales pour évaluer le logement et la situation sociale des personnes concernées par la démolition, Khalid et les autres membres de l’association créent leurs propres outils d’évaluation. « On les laisse faire leurs trucs, on fait nos propres expertises, et on les compare après. » Bien que fastidieuses, ces contre-expertises s’avèrent cruciales, permettant de démonter les discours politiques et médiatiques qui font porter le chapeau des nombreux retards de la rénovation aux habitants, accusés de faire la fine bouche et de ne pas coopérer. « Bien sûr que certains relogements ont été refusés. Ils proposaient tout et n’importe quoi ! », s’exclame Khalid. En 2011, lassée par les retards, l’ANRU envoie un de ses experts sur place pour enquêter. Le rapport fuite dans la presse et signe la victoire médiatique de Justice pour le Petit Bard, en confirmant ce que l’association dénonce depuis des années : les causes de ces retards sont les querelles politiciennes et la mauvaise volonté des bailleurs, et non les habitants.

Six ans après sa création, malgré ses demandes répétées auprès de la SERM, la turbulente association n’a toujours pas obtenu de salle pour se réunir. C’est finalement après une nuit d’occupation de la Maison pour tous, en automne 2010, qu’elle se voit confier, en guise de local, un appartement dans une des tours promise à la démolition. Mais comme une nouvelle expulsion se profile, l’association propose à la personne menacée de s’y installer, tout en insistant pour que la SERM fasse un bail au nouvel occupant. Quelques mois plus tard, rebelote : « C’était un appartement, dans une tour elle aussi vouée à la démolition. On prend les clefs, juste pour le plaisir. Une maman avec quatre enfants se faisait expulser juste au-dessus. On a tout repeint et elle s’y est installée. Ça a fait polémique parce qu’on relogeait des familles alors qu’eux vidaient la tour. Mais on l’a assumé. Revendiqué, même ! » La famille reste logée deux ans dans l’appartement, jusqu’à la démolition de l’immeuble.

Aujourd’hui, l’association s’est installée dans un vrai local associatif à l’entrée du quartier, en rez-de-chaussée. Tous les jours de la semaine, les permanences sont assurées par deux salariés à mi-temps – financés avec l’aide de la Fondation Abbé-Pierre – et des bénévoles. Mohamed y participe depuis plus de deux ans : « Je ne suis ni juriste, ni avocat, ni juge. J’ai appris sur le tas, en constituant mon dossier. Le soir, je lisais la jurisprudence, le droit… Quand j’ai fait le tour des dossiers, je me suis rendu compte que tous se ressemblaient. Nous avions à faire au même gestionnaire, et au même bailleur. »

Alliances locales et filiations

Dans la droite ligne des mouvements des héritiers de l’immigration et des quartiers populaires, les discours et les actions de Justice pour le Petit Bard (JPLPB) s’attaquent à la situation de relégation et de stigmatisation de ces quartiers, et du sort fait à leurs habitants. Impossible de séparer la question du logement de toutes les autres urgences sociales : travail, violences policières, école, papiers… Pour accroître sa puissance d’action sans pour autant s’épuiser à courir dans tous les sens, JPLPB se coordonne avec d’autres collectifs. Au niveau national, ses membres ont un temps participé activement au réseau du Forum social des quartiers populaires (FSQP). Depuis quelques mois, ils s’organisent avec quelques associations sur le Petit Bard et la cité voisine de La Pergola : les associations sportives de futsal et de taekwondo. JPLPB travaille « avec les assos qui ne baissent pas la tête pour les sub’ », dit Hamza. Grâce à cette coordination, en décembre 2013, une cinquantaine de jeunes ont occupé les bureaux de recrutement des grands chantiers en cours dans le secteur, pour réclamer les emplois que la mairie et la communauté d’agglomération promettent au quartier depuis des années.

Nouer des alliances pour construire une force au niveau local, mais aussi puiser dans les ressources militantes transmises par les générations précédentes : depuis 2011, Justice pour le Petit Bard se coordonne avec d’autres  collectifs montpelliérains au sein du « MIB34 ». Un clin d’œil au réseau du Mouvement d’immigration et des banlieues, né en 1995 et dissout en 2007. Dès 2004, quelques anciens du MIB leur ont offert un soutien politique, pratique et juridique, qui passe aussi par la transmission de l’histoire des mouvements des quartiers, depuis la marche de 1983 jusqu’au FSQP, en passant par Rock Against Police, Convergence 84 et les Forum Justice.

Le réseautage a porté de jolis fruits. Dans leur local, au milieu des affiches qui témoignent des éditions passées du « Forum social des quartiers populaires » et autres rencontres intitulées « Plan d’occupation du sol ! », on nous parle d’expulsions de sans-papiers empêchées, des coups de main filés à des comités de soutien aux victimes de la police, de chantiers bloqués…

Mohamed est un des nombreux locataires poursuivis par son ancien bailleur, qui lui réclamait 1 700 euros d’impayés. Menacé d’expulsion, il a toujours contesté sa dette, entamant des procédures judiciaires pour obtenir une expertise indépendante. Le rapport conclut qu’au vu de la taille du logement et de son état, le loyer est exorbitant. La dette se retourne, et c’est désormais le propriétaire qui lui doit de l’argent. « J’ai été innocenté un an et demi plus tard, après avoir quitté le logement. Je devais recevoir 4 500 euros d’indemnisation pour le préjudice causé. Rien ne m’a été payé. » Le dossier de Mohamed a fait jurisprudence dans le quartier. « 80 à 90 % des gens qui avaient des dettes de loyers n’étaient pas des mauvais payeurs. Mais les sommes qu’on leur demandait ne correspondaient pas à la réalité. »

Le résultat de ces dix années de luttes, d’occupations et de discussions est considérable. Des protocoles de relogements élaborés par les habitants ont été signés par les bailleurs, qui doivent aujourd’hui s’y plier. Quasiment toutes celles et ceux concernés par la convention ANRU ont été relogés. Pour les propriétaires-occupants, c’est désormais la méthode de l’échange4 qui a été adoptée. De nombreuses ardoises causées par les escroqueries des anciens syndics ont été effacées. Autre victoire de taille, ceux qui profitent ou profiteront des nouvelles constructions sont pour la plupart des habitants de longue date : les habitants des bâtiments détruits ont obtenu d’être relogés dans les futurs appartements. Ce qui n’était pas gagné : un tiers seulement des logements construits étaient prévus pour être des logements sociaux, au nom de la mixité sociale. En octobre 2013, forte de son expérience, l’association publie « Logement pour tous ! 14 problèmes – 36 propositions », qui compile leurs expertises sur le mal-logement.

Pas question pour autant de suspendre la lutte. La vétusté des appartements et le phénomène de sur-occupation demeurent, les marchands de sommeil sont toujours là, les expulsions locatives se poursuivent. « Ce n’est pas suffisant de s’occuper uniquement des gens touchés par la démolition », continue Khalid. « On s’attaque à tous les problèmes de logement – par le forcing, par le Dalo5, par tous les moyens. »

Sont-ils des milliers, pour pouvoir créer un tel rapport de force ? « Il ne faut pas croire qu’on a des capacités de mobilisation hors du commun. Parfois, à 9 heures du matin, c’est difficile de mobiliser des gens ! Il arrive qu’on y aille au bluff : on est quatre ou cinq à résister à une expulsion, mais on fait croire aux RG qu’on est 80. On prend les armes qu’on a ! », insiste Khalid. Quand une situation peine à se débloquer avec les élus locaux, l’association les court-circuite en allant discuter directement avec la préfecture. Ou tape encore plus haut dans la hiérarchie politique. À l’automne 2013, quand Cécile Duflot, ministre du Logement, passe par Montpellier au moment où les expulsions locatives menacent de reprendre, ils font jouer le réseau qu’ils ont eu le temps d’étoffer en dix ans, et la contactent. Ils l’interpellent en présence du préfet, pour pousser ce dernier à réagir. « Quand les élus ou le préfet font les malins, on peut aller voir des gens plus importants. Lamy6, Duflot sont des leviers pour calmer ceux qui veulent nous mettre à l’amende et nous écraser ».

Le bras de fer avec les institutions est permanent, comme le rappelle la dernière expulsion en date. Le 25 septembre 2013, un huissier et quelques policiers sont devant la porte de l’appartement des André, couple de retraités menacés d’expulsion. Habitant l’immeuble depuis trente ans, ils sont accusés d’impayés par l’ACM. « Le monsieur est cardiaque, sa femme n’avait pas voulu le tenir au courant de la situation, pour ne pas l’inquiéter », raconte Khalid. « Elle s’est retrouvée toute seule à gérer ça. Personne ne les a accompagnés dans leurs démarches. Il n’y a qu’une assistante sociale sur le quartier. Même si t’es dans la merde, il faut attendre deux mois pour un rendez-vous. » Prévenus par la famille, les militants de Justice pour le Petit Bard arrivent à entrer dans l’appartement et ainsi bloquer l’expulsion le temps que la famille décide de ce qu’elle veut faire. « On disait aux flics : on ne part pas, vous expulsez alors que vous savez que ce bailleur est un magouilleur », se souvient Hamza. Après plusieurs heures à essayer de convaincre la famille de sortir de l’appartement, la police perd patience et augmente la pression. « Plus ils appelaient du renfort, plus on appelait nos renforts, et ils attendaient que ça dégénère pour avoir l’occasion d’expulser. » Finalement, un des militants, la fille et la belle-fille de madame André se retrouvent en garde-à-vue puis au tribunal, accusés d’outrages et rébellion. Ils seront condamnés à des amendes, ou à une peine de prison avec sursis.

Jusqu’alors, le collectif avait obtenu de l’ancien préfet que les expulsions soient annoncées en amont pour laisser le temps de trouver des solutions et les empêcher. Mais le nouveau préfet, Florian de Bousquet, proche de Manuel Valls, a voulu mettre un terme au blocage des expulsions sur le quartier : « Y en a marre des gens qui payent pas le loyer et s’achètent des écrans plasma ! », a-t-il répondu, plein de mépris, aux militants qu’il reçoit dans son bureau quelques jours après l’expulsion. « C’est pas une association qui va me donner le la ! »

Et pourtant, c’est un peu ce que Justice pour le Petit Bard fait, donner le « la » aux élus locaux et aux aménageurs. Car leur vraie victoire est d’avoir réussi à peser sur les règles du jeu de la rénovation urbaine, grâce à un mélange d’actions offensives et de négociations. Au risque de se faire récupérer ? « Si, aujourd’hui, les politiques discutent avec nous, c’est parce qu’ils n’ont pas le choix », conclut Khalid. « En vérité, on fait de la politique à notre façon. Pour moi, c’est ça, la politique », ajoute Hamza. « Créer des partis et tout ? J’y ai cru mais je n’y crois plus. Ça demande beaucoup de compromis. Faire un parti à cinq ou six, pour que les gens suivent comme des moutons ? L’important, c’est de créer un vrai rapport de force et de le porter sur la durée. Et ça, c’est du travail et du sacrifice. Il n’y a qu’en étant organisés qu’on se fera respecter. Nous, au Petit Bard, on est organisés sans l’être vraiment, et c’est ça qui fait notre force. »

Du théâtre pour le quartier

« En 2011, on avait organisé un concert de hip-hop au milieu du quartier. Et puis on a voulu faire un truc pour les vieux. Au niveau culturel, il n’y avait rien qui leur correspondait. On a fait venir Abdelkader Secteur, du Jamel Comedy Club. Les vieux sont fan. Il fait des sketchs en français et en arabe, sur un mec qui arrive en France du bled et qui découvre des petites choses : par exemple, que même les chiens ont des papiers… On nous a accusés de faire un spectacle « communautaire ». Et quoi ? Quand il y a des opéras en allemand, personne ne dit que c’est communautaire !

On a voulu le faire dans le théâtre du quartier, qui profite à tout le monde sauf aux gens du quartier. Le jour même, on s’est pris la tête avec le directeur pour que tout le monde entre gratuitement. On a fait entrer plus de 500 personnes, plus que la capacité d’accueil. Pour une fois qu’il y avait quelque chose pour les gens d’ici, on ne voulait laisser personne dehors. Le directeur s’est énervé disant qu’il ne voulait plus travailler avec nous. On lui a répondu : “On verra bien si le jour où on décide d’occuper le théâtre, tu arrives à t’opposer à ce qu’on fasse quelque chose dedans !”

La première partie, c’était Icham Témoin, un vieil ami. Il a raconté l’histoire inverse de Secteur : un Français d’origine marocaine qui part au Maroc, toutes les démarches à faire avant – le consulat, la queue à la préfecture avec les sacs de couchage, la route d’Espagne, le bateau.

Fallait voir les réactions du public, ce jour-là ! Les gens se sont régalés. Ils étaient debout, ils ne voulaient pas que ça s’arrête. »

1. En 2001, une centaine d’habitants ont porté plainte contre les syndics de copropriété pour détournement de fonds. Au début des années 2000, la dette à la charge des copropriétaires s’élevait à plus de 2 millions d’euros.

2. Bien en dessous du prix du marché.

3. L’obligation légale pour l’aménageur est de faire trois propositions de relogement mais rien n’indique dans la loi que le montant du loyer, le montant des charges ou la taille du logement doivent correspondre au précédent.

4. Pour éviter les arnaques récurrentes lors des expropriations, JPLPB préconise aux propriétaires de ne pas accepter le prix de rachat proposé par la SERM, mais de demander l’échange de leur appartement contre un autre.

5. Droit au logement opposable. Depuis 2008, la loi permet aux ménages reconnus prioritaires de recevoir une proposition de logement de la part du préfet et peuvent, le cas échéant, déposer un recours contentieux contre l’État défaillant auprès du tribunal administratif. De 2008 à 2011, sur les 282 239 recours déposés, seules 37 600 personnes ont été relogées.

6. François, le ministre délégué à la Ville.